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Vos bibliothécaires aiment

Des hommes de Laurent Mauvignier .- Editions Minuit, 2009.

  Les romans sur la guerre d’Algérie écrits par des écrivains français sont rares. Dans son dernier roman Laurent Mauvignier prête sa voix à Rabut ironiquement surnommé Le Bachelier par son cousin Feux de bois ou Bernard. Ces deux hommes ne s’aiment pas et le lecteur sent bien que Rabut force son regard à l’objectivité quand son cousin, alcoolique, provoquant, « déraille » lors d’une fête de famille. Ces deux hommes ont la soixantaine et leurs racines sont celles de La Bassée terres agricoles,  pour l’heure, enneigées. Ces deux hommes en 1960 étaient appelés en Algérie et ils ont vécus la fin de la sale guerre : chaleur, peur, vermine, nuits d’angoisse, fells, exécutions, tortures, attentat, attaques, deuils, départ des pieds noirs… Ils en ont vu pas mal, chacun de leur côté se retrouvant au hasard des permissions pour vivre leur jeunesse et pour Bernard son premier amour. Revenus en France Le Bachelier s’est ancré sur les terres du Nord, tandis que Bernard accompagné de Mireille fille d’un riche propriétaire oranais a tenté sa chance à Paris. Mais Bernard est revenu plus orgueilleux et meurtri que jamais : c’est sa famille qui l’a « entretenu » jusqu’à ce qu’il commette l’irréparable.
Voici le résumé de l’histoire de deux principaux protagonistes mais ce livre est riche des vies ténues de Février soldat paysan, de Mireille, de Idir le soldat harki qui aspire à être français, de Solange la sœur aimante et protectrice et tant d’autres. Le Bachelier a rapporté des photos muettes de cette guerre mais il n’en a plus jamais prises de sa vie, il s’est tu et sa vie a continué…jusqu’à ce que son cousin à La Bassée, 40 ans plus tard dans un geste impardonnable l’accule à ses souvenirs. 


De Gaulle à la plage de Jean-Yves Ferri.- Dargaud , 2007 .- (Poisson Pilote)

Parmi l’arrivage des bandes dessinées du début de l'année 2009, se cachait une perle. Souvenez-vous ou imaginez-vous : « Eté 56 : lassé de l’ingratitude des français et de la médiocrité de leurs dirigeants, le libérateur de la France –Charles de Gaulle- décide de prendre quelques vacances bien méritées… » Ainsi commence ce recueil de gags en demi pages…Jean-Luc Ferri (auteur de Le retour à la terre) a pris des libertés avec l’Histoire pour nous offrir un portrait décalé du grand homme. En arrière plan c’est la France des années 50 qu’on peut reconnaître : rien ne manque : ni les tongs, ni Tante Yvonne et ses maillots une pièce roses, ni les dangereux sous-marins russes, ni même Churchill et son désobligeant complexe de supériorité…En contrepoint c’est une évocation un peu nostalgique et tellement drôle du début des trente glorieuses…Alors bien sûr cette bande dessinée est un peu sarcastique, le général en short, le nez au vent, conversant avec les mouettes et éduquant Fifi –son fils-  n’est pas crédible mais il semble tellement vrai, tellement juste…Tous les lecteurs –jeunes et moins jeunes- qui ont emprunté cette extraordinaire BD l’ont approuvée…alors rendez-vous sur le sable équipé de Paris Match d’époque, d’une cabine-éponge et d’un ballon et en avant…

 


Petit dictionnaire chinois-anglais pour amants de Xiaolu Guo .- Buchet Chastel, 2008

Un peu de légèreté : une chinoise part pour l’Angleterre pour parfaire son anglais qu’elle mettra au service de ses industrieux parents et de la Chine populaire. Quelle meilleure méthode pour apprendre une langue que celle consistant à noter chaque mot nouveau rencontré et de s’astreindre à l’utiliser et à l’analyser dans un texte concis ? Vivre avec un anglais bien sûr et en tomber amoureuse. Beaucoup d’humour et de finesse dans ce livre qui analyse "de l'intérieur" les rapports entre un occidental et une jeune chinoise.


La reine des lectrices de Alan Bennett .- Denoël, 2009. (Denoël et d’ailleurs)

Un peu d’humour -anglais- ne peut nuire à la lecture. La reine Elizabeth ne contredira pas son facétieux sujet : scénariste, comédien et écrivain. Imaginez une reine, qui pour respecter le protocole s’est interdit  passion et hobby. Au détour d’une de ses promenades, elle découvrira un bibliobus dédié au personnel de Buckingham Palace. C’est ainsi que sa Majesté va découvrir la lecture : son âpreté d’abord puis soutenue dans son parcours de lectrice par un commis de cuisine elle s’adonnera sans modération aux plaisirs de la lecture et de la littérature négligeant quelque peu ses obligations. Voici une lecture distrayante pour l’été : une fable optimiste sur le pouvoir de la littérature face aux manigances politiques.  

Best love Rosie de Nuala O’Faolain .-Sabine Wespieser éditeur, 2008

Rosie, 55 ans traverse une crise existentielle. Elle décide de rentrer à Dublin, dans son Irlande natale afin de s’occuper de Min, la vieille tante qui l’a élevée. Parce que l’une est une éternelle vagabonde, et que l’autre est talonnée par la vieillesse et la déprime, la cohabitation s’avère difficile. Rosie doit repartir à New York pour écrire un manuel destiné au plus de 50 ans.  Min doit être placée dans une maison de repos. Cette dernière y reste jusqu’à ce que Rosie la voie débarquer à New York. Min se  plait dans la mégapole : pour elle, la vraie vie commence à un âge auquel on songe à partir. Quant à Rosie, l’oiseau errant, elle décide de rentrer pour retrouver ses racines irlandaises. Une femme s’échappe, une autre revient : c’est l’histoire de deux voyages vers le bonheur et la sérénité. Cette histoire d’autant plus touchante que son auteur est décédé après ce dernier livre, un matin de mai 2008.


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